ÉDITO
UNE LONGUE CONVALESCENCE...
Dans les années 80, les économies occidentales matures
se sont tournées vers les pays émergents : le développement
du commerce mondial s’est appuyé sur les délocalisations.
Ce développement s’est fait au détriment de l’emploi,
sur une période prolongée, ce qui n’est pas normal.
Ensuite, il y a eu un manque flagrant d’investissements. Enfin,
la flambée des matières premières a encore accentué les
déséquilibres. Il a fallu compenser le manque à gagner
par des politiques monétaires qui ont favorisé la croissance à crédit,
d’autant plus facilement que dans le même temps, la mondialisation
a éliminé l’inflation.
C’est ainsi que l’extension du système capitaliste
aux pays de l’Est et à la Chine a entraîné une
très forte croissance mondiale. On est entré dans un monde
merveilleux avec une croissance économique de 5% et un taux d’inflation
proche de 2% en moyenne dans le monde et des taux d’intérêt
longs autour de 4%. Et on a voulu croire que ce monde merveilleux correspondait à une
réalité économique. Or il était le résultat
d’un boom du crédit qui participait à repousser
le mur de la rareté.
Le retournement a été déclenché, évidemment,
par une crise du crédit qui a concerné l’immobilier
et principalement les ménages. Du coup, la croissance a buté sur
la disponibilité des ressources naturelles.
Pour comprendre le point de départ de la crise, il faut donc
remonter à l’explosion des liquidités à partir
des années 2000, et les excès d’endettement qui
s’en sont suivis. Mais il ne faut pas négliger non plus
le rôle majeur qu’a joué le prélèvement,
lié à la hausse des prix des matières premières,
qui a correspondu peut-être à 2% ou 3 % du revenu des ménages.
On a donc une interdépendance totale entre ce qui a généré la
crise, c’est-à-dire une politique monétaire qui était
devenue centrale et non plus seulement d’accompagnement, et l’ajustement
lui-même lié à la surproduction passée.
Les perspectives sont inquiétantes si on estime que les choses
ne vont pas changer, avec un niveau de dettes extrêmement élevé dans
les secteurs publics et privés.
Si on laisse jouer les mécanismes économiques, l’impact
sur l’activité de ce surendettement risque de repousser
les problèmes à dans vingt ans. On ne pourrait alors éviter
un environnement déflationniste.
Si on rompt avec le passé, alors il faut accepter l’inflation,
seul moyen pour absorber l’énorme stock de dettes.
Le retour à l’inflation aurait le mérite de réduire
le poids des dettes, notamment publiques, dont le montant s’envole
en raison des plans de soutien. Les banques centrales devraient gérer
avec talent l’augmentation de la masse monétaire une fois
passé le point bas de la crise pour qu’elle ne se traduise
pas par une hausse brutale des prix. Mais la situation resterait très
gérable, même si la dette publique de la zone euro atteint
80% du PIB. Des augmentations d’impôts pourraient être
décidées pour limiter la consommation et contrôler
le dynamisme de la reprise.
Mais, après l’effondrement de la productivité et
des profits, il va falloir retrouver un niveau correct de rentabilité.
La nécessaire digestion de l’endettement des ménages,
des entreprises, des banques et des Etats va en effet constituer un
frein avant que l’expansion économique ne puisse être
véritablement relancée. Au cours des deux prochaines années
l’emploi va continuer à se dégrader et l’investissement
rester bas.
En zone euro, les systèmes sociaux limitent l’ampleur de
la baisse de la consommation des ménages. Il n’empêche,
la valeur de leur patrimoine a fortement reculé et leur taux
d’épargne pourrait remonter. Les soutiens fiscaux
permettront certes de soutenir le PIB en fin d’année 2009,
mais la tendance est plutôt au désendettement des ménages.
Si c’est le cas, la consommation restera très faible et
pèsera sur la croissance, ce qui empêche une reprise solide
de l’économie.
La reprise est proche, mais elle sera molle. L’économie
mondiale va entrer en convalescence pendant trois à quatre années,
le temps de purger les excès du passé, notamment d’endettement.
La croissance des économies sera en conséquence très
en deçà de leur potentiel jusqu’à la fin
de l’ajustement des cycles. Entre temps, les plans de relance
pourront favoriser des périodes de croissance temporaire, mais
gare aux rechutes.